On aurait pu se rencontrer

Lumineux, laborieux et confus à la fois…
De
François Cheng
Albin Michel
Parution en septembre 2026
194 pages
17,90 €
Notre recommandation
3/5

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Thème

L’Être, l’âme et la transcendance, autant de sujets chers à l’auteur, dans une approche originale suscitée par le don d’un tableau qui, mieux qu’un long discours, révèle par sa verticalité et son horizontalité confondues, le lien entre le passé, le présent et l’avenir, le ciel et la terre, le concret et l’abstrait, la vie et la mort. Un tableau qui explicite ainsi la transcendance, non seulement par sa signification propre, mais encore par l’identité de son auteur, une jeune femme qui porte un nom célèbre, celui d’un géant qui y pensa lui aussi en son temps :  Hugo comme Victor, et un prénom associé, Léopoldine, celui de la fille chérie arrachée si jeune à l’affection de son père. L’élève qui offre ainsi un tableau à son professeur s’appelle Léopoldine Hugo, l’arrière-arrière-petite-fille de l’auteur des Contemplations !  

Ce cadeau inédit, plusieurs fois renouvelé, va nourrir chez François Cheng une réflexion approfondie sur l’évolution de la pensée métaphysique du grand homme qu’il va reprendre à son compte pour illustrer la sienne propre en le citant à profusion, une pensée nourrie chez Hugo par le drame de Villequier qui lui imposera sans doute de concevoir affectivement et intellectuellement la vie de sa fille après la mort pour survivre. 

Ainsi guidé par l’idée d’une vie qui continue après la mort et aussi bien d’une vie collective qui précède la vie individuelle et les confond dans des concepts scientifiques ou religieux oscillant de l’héritage génétique à la Communion des Saints, l’auteur livre les pensées profondes que lui inspirent les dix années consacrées à l’accompagnement de sa chère épouse, Micheline Benoit, atteinte  de la maladie d’Alzheimer, une maladie qui la rendra présente et absente à la fois, un peu évanescente, à l’image de celui ou celle qui vient d’abandonner la communauté des vivants sans la quitter jamais tout à fait.

Points forts

Le traitement de l’évolution de la pensée de Victor Hugo sur la question de la mort après le drame de Villequier, et par extension, celui de la nécessité vitale chez l’homme de concevoir « l’avant et l’après » dans une dimension philosophique, spirituelle et poétique à la fois.

L’humilité à laquelle François Cheng assigne le lecteur par son parcours, un sentiment toujours renouvelé à la lecture de ses œuvres, qui ajoute à la crédibilité de son propos.

Quelques réserves

Le lien très ténu entre les deux pôles de l’ouvrage, le drame de Villequier et l’évolution de la pensée de Hugo, d’une part, la maladie d’Alzheimer de Micheline Benoit, d’autre part.

Encore un mot...

Les lecteurs sont souvent, sinon toujours, avides de lire François Cheng, voire de l’entendre aussi, avec son passé si riche, son parcours aussi long que aléatoire, sa pensée si précise et incisive au service de cette philosophie abstraite de la transcendance ou  de cette aspiration spirituelle de l’éternité. L’intérêt que tout homme normal manifeste pour ces questions sans réponse justifie l’effort de le lire encore, même si ce dernier ouvrage pêche par une forme de mélange abstrait, de confusion circonstancielle. 

Une phrase

  • (Extrait de « Ce que dit la bouche d’ombre », poème  tiré des Contemplations – Victor Hugo –)
    « Tout dit dans l’infini quelque chose à quelqu’un ». P.50 

  • « Je connais assez bien Ce que dit la bouche d’ombre. Il y dégage la grande idée de la lignée humaine. Chaque génération, au lieu de confier la précédente à la pierre tombale, prend celle-ci en charge tout en se laissant transformer par elle. C’est la manière par laquelle l’humanité triomphe de la mort, puisqu’elle suit la voix ininterrompue et ascensionnelle de la vie. » P.122

L'auteur

François Cheng est né en Chine en 1929 dans une famille d’universitaires. Il accompagne son père en France en 1948 quand celui-ci est nommé à l’Unesco. Il y restera quand sa famille émigrera aux Etats Unis. Dans une situation de grand dénuement, il va faire l’apprentissage de la langue française de manière magistrale, procéder à de nombreuses recherches sur la langue chinoise, traduire la poésie chinoise en français et réciproquement, devenir logiquement professeur à l’Institut des langues orientales. Auteur lui-même et notamment de poésie, il ajoute un talent à sa palette, celui de calligraphe. Il a à son actif d’innombrables recueils de poèmes, quelques romans, autant d’essais, livres d’art et monographies, sa production pléthorique étant à l'image de son talent, de son opiniâtreté et de son âge, dans des conditions lui ayant valu l’admission à l’Académie Française en 2002, après avoir reçu le Prix Femina pour  Le Dit de Tianyi en 1998 et quelques autres encore.

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