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Livres/BD/Mangas

Comme un empire dans un empire

Désir de rendre meilleur notre monde actuel. Un roman plaisant et intéressant mais quelques longueurs.
De Alice Zeniter
Flammarion, août 2020 - 400 pages - 21€

Lu / Vu par

Jean-Noel Dibie
Publié le 11 déc . 2020

Recommandation

2,0BonBon

Thème

A l’hiver 2019, à Paris, deux jeunes trentenaires, existent et s’interrogent sur l’engagement politique qu'ils mettent au centre de leur vie. Un homme, Antoine, provincial de la classe moyenne, monté à Paris, attaché parlementaire socialiste efficace, s’interroge sur la politique en 2019. Prisonnier de ses engagements, il ne parvient pas à écrire son roman sur la guerre d’Espagne. Une femme, qui ne veut d’autre nom que L, hackeuse activiste, élevée aux marges de la société française par une mère maghrébine, inadaptée au quotidien du « dehors », a choisi les profondeurs de l’Internet, le « dedans » où elle se perd parfois.

Les trois quarts du roman traitent des quotidiens respectifs des deux personnages.  Chapitre après chapitre, le lecteur découvre leurs complexités de pair avec celles d’une société qu’ils aspirent à rendre meilleure. Sans bruit, mais pas sans force, leur rencontre vient leur offrir de nouveaux horizons.

Points forts

Une écriture allègre participe au plaisir de cette lecture.

Le récit conduit à la perception, par touches successives, de deux réalités de notre quotidien. La nécessaire réforme de nos institutions, de pair avec celle de pratiques dépassées de la vie politique. Les menaces sécuritaires induites par les arcanes de l’Internet.

Points faibles

Un peu de longueur dans l’attente de la rencontre annoncée. Mais n’est-ce pas le souhait de l’auteure entendant souligner la complexité de l’environnement et des personnalités d’Antoine et de L.

En deux mots ...

J’ai pris plaisir à lire ce roman d’une jeune femme de son temps, qui pourrait être l’un ou l’autre de ses deux avatars, Antoine et L.

Un extrait

– "Il y a de nouvelles lignes de clivage qui scinde la gauche comme la droite et qui font que, si vous les adoptez comme critère dominant, vous aurez une nouvelle carte des orientations politiques et en premier lieu – je vais être vulgaire, je m’en excuse – mais en premier lieu, cette putain de laïcité." (p.141)

– "Elle lui dit que beaucoup de pirates passaient leur temps à rechercher des défauts dans les programmes, navigateurs Internet ou système de navigation. Quelque part dans toutes ces lignes de code qui construisaient le cybermonde, il devait bien y avoir une erreur, au moins, une sinon plus, et si on la trouvait, on pouvait en faire différentes choses. On pouvait, par exemple, la signaler aux développeurs pour qu’ils la corrigent, on pouvait l’exploiter soi-même pour découvrir si elle permettait d' ébranler tout l’édifice. On pouvait aussi la vendre". (p.144) 

L'auteur

Alice Zeniter est née à Clamart, en septembre 1986, de père algérien et de mère française. Étudiante en lettres à La Sorbonne, elle est admise à l’Ecole Normale Supérieure de la rue d’Ulm. A 16 ans, elle publie son premier roman. Sans avoir terminé son doctorat, elle part enseigner le français à Budapest, où elle s’initie à la dramaturgie et à la mise en scène. Romancière, elle a déjà publié cinq romans, consacrés par la critique et le public, dont l’Art de perdre (Flammarion), succès de librairie, en 2017.

Le visuel est très présent dans l’écriture de cette auteure, dramaturge et metteuse en scène.

Le clin d'œil d'un libraire

Librairie Le Failler à Rennes : presque aussi ancienne que le Parlement de Bretagne. La référence des références !

Une librairie plus achalandée que Le Failler avec ses 90 000 références, ça n’existe pas. Plus sérieusement, cette institution rennaise fondée en 1925 et qui compte 35 collaborateurs fait partie des 10 plus grandes librairies de France. Quasiment, un monument historique, au cœur du vieux Rennes. Choqué par les déclarations qui pouvaient laisser penser que le livre n’est pas essentiel. «Or pendant le premier confinement nous avons eu tellement de témoignages de gens isolés qui ont exprimé le besoin de livres pour s’évader ou s’apaiser»  nous confie Dominique Fredj, à la fois ému et tout en colère contenue, « et ce, particulièrement dans cette période anxiogène  où nous sommes en quête de repères, à la recherche de nos racines. Le livre nous permet de poursuivre... et de survivre».

Chez Le Failler on a joué le jeu du Clic et Collect en maintenant le lien avec les lecteurs ;  par exemple, les conseils des libraires étaient préenregistrés sur le site internet. Dominique Fredj reste toutefois positif : «Quand on fera le bilan, on pourra dire que cette crise nous a beaucoup appris sur la chaîne de solidarité créée spontanément autour du livre et l’attachement des gens à leurs librairies indépendantes».

Que doit-on lire ? Le nouveau Goncourt ? « C’est une excellente nouvelle.  L’Anomalie 

est un excellent livre, très bien écrit, d’une originalité  peu commune ; nous l’avions mis en avant dès le début septembre, un de nos libraires l’ayant remarqué. Le Renaudot Histoire du fils est très bon aussi. Nous connaissons bien Marie-Hélène Lafon.

Mais il y a un livre qui m’a transporté, c’est Nature humaine  de Serge Joncour (prix Fémina 2020) 

et je recommande aussi « M, le fils du siècle », d’Antonio Scurati paru aux Arènes, sur Mussolini,  pour ceux qui ont une certaine culture historique».

On n’arrête plus Dominique Fredj et sa librairie est éternelle, contre vents et marées. Normal : le bâtiment à pans de bois qui l’abrite juste à côté du Parlement date de 1595, un des derniers qui réchappa à l’incendie qui ravagea la capitale bretonne en 1710.

Librairie Le Failler, 35 rue St Georges 35000 Rennes. Tél. 02 99 87 87 87

Texte et interview par Rodolphe de Saint-Hilaire pour la rédaction de Culture Tops.

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